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LIMOURS EN 1814

 

Une lettre écrite par le maire de Limours à Levasseur, sous-préfet de Rambouillet, indique la triste situation de cette commune en 1814.

Limours ce 17 avril 1814 (Arch. Seine-et-Oise. Carton : Invasion)

Le Maire au Sous-Préfet

Malgré les peines et les fatigues inexprimables que j'éprouve depuis près de deux mois que la malheureuse commune de Limours est accablée de troupes, la salubrité n'a point échappé à ma surveillance, j'ai, dès les premiers jours que la troupe a été stationnée ici, mis en réquisition quatre individus qui ont été chargés d'enfouir à quatre pieds de profondeur les bêtes mortes et les débris de celles qu'on a tuées pour la nourriture de la troupe ; ainsi j'espère que notre commune n'éprouvera aucun accident à cet égard.

Je ne sais si vous êtes bien instruit, Monsieur, de la position fâcheuse dans laquelle se trouve la commune de Limours, n'ayant pu jusqu'à présent trouver un moment pour avoir avec vous l'entretien que j'aurais désiré, pour vous entretenir de notre fâcheuse position, je vais vous en faire le récit le plus exactement qu'il me sera possible.

Je dois vous faire savoir d'abord, que depuis plus de deux mois, je suis constamment et sans quitter, depuis cinq heures du matin jusqu'à minuit à la salle commune ; aussi je suis tellement accablé de fatigue que ma santé s'en trouve altérée au point que je crains d'en tomber malade. M. de Vergés sétant absenté la commune se trouvait sans maire. M. Marcou, malgré, toute sa bonne volonté, était incapable de pouvoir faire face à la multitude des occupations qu'exigeaient la Mairie et le salut de la commune ; cédant alors aux instances de M. Marcou et au voeu de tous les habitants, j'ai, en vertu de l'autorisation que vous avez donnée à M. de Vergès de me déléguer ses pouvoirs pendant son absence, et ce par votre lettre du 14 octobre dernier, au pied de laquelle est la délégation que M. de Vergès m'a donnée de ses pouvoirs de maire le 26 du même mois, pris en cette qualité la fonction de maire, j'espère que vous approuverez ce que j'ai fait à ce sujet parce que mon objet n'avait pour but que le bien Public et le salut particulier de la commune de Limours.

Dans l'occurrence où nous nous trouvons, je vais vous faire ici tableau de notre situation et vous verrez combien elle est pénible.

D'abord nous avons reçu à Limours le 6 régiment de lanciers, ensuite. le 6 régiment de chasseurs à cheval, après cela les troupes prussiennes composées d'environ 10.000 hommes ; à présent nous avons les troupes russes qu'on peut évaluer à 2.000 hommes qui ont bivouaqué continuellement à Limours ; dans tout cela je ne compte point les troupes qui n'ont fait que passer et séjourner un jour, qu'il a encore fallu alimenter.

Comme Limours se trouvait sous la main, c'était toujours à nous à fournir sur le champ les objets pressants, de sorte que notre malheureuse commune se trouve dans un tel dénuement, que non seulement les cultivateurs n'ont pas de quoi nourrir leurs chevaux, mais qu'il ne leur reste plus rien pour ensemencer. Les fermiers et les habitants des hameaux ont considérablement souffert du pillage que les troupes prussiennes y ont particulièrement fait ainsi que les cosaques. Les choses ont été portées au point que les habitants de Roussigny entr'autres ont été obligés d'abandonner leurs habitations pour se réfugier dans les bois ; nous n'avons pas trop à nous plaindre des troupes qui séjournent maintenant ici ; la sévérité de la discipline exercée par les chefs et la surveillance active de M. le général Emanuel nous a garantis de bien des excès et nous n'avons que des grâces à lui rendre à ce sujet; si les officiers généraux qui l'ont précédé ici eussent agi de même, nous n'eussions pas éprouvé un sort aussi malheureux.

Depuis deux jours on nous a retiré une grande quantité de troupes qui sont réparties dans les communes voisines ; chaque commune doit alimenter la troupe qui stationne dans son sein ; nos ressources étant presque réduites à zéro, je ne sais plus comment faire et quels moyens employer pour obtenir ce qui est nécessaire à la troupe qui reste ici. Je fais faire aujourd'hui un recensement général du peu qui nous reste ; nous livrerons jusqu'au dernier grain et après quoi on fera de nous ce qu'on voudra ; s'il vous est possible de nous aider de quelque secours je réclame votre assistance.

Daignez agréer, etc.

Gaucher

A la suite de cette lettre, Levasseur proposait au préfet 1a nomination de Gaucher, alors huissier, comme maire de Limours.

 

Cette même année Gaucher était présenté avec le Conseil municipal de Limours, à Louis XVIII et lui disait :

Sire, je supplie V. M. d'accorder à la députation l'honneur de la décoration du lis, elle sera le signe assuré de notre inviolable attachement à votre auguste personne.

Le roi répondait

Je l'accorde avec plaisir'.

Lorin.

(Moniteur universel, juillet 1814)

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